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La marche de l’ampleur.

       

On nous croise tous les jours par les rues et les routes, gagnant les collines avoisinantes.

Depuis longtemps nous sommes repérés, comme ne faisant pas partie des autochtones.

On nous salue poliment ou l’on passe.

Une demi heure de marche à travers les rues enneigées, parmi les maisons de couleurs, soulignées par la blancheur environnante. Guidés par les murs de congères élevés par les déneigeuses, d’où seul émerge parfois le haut des barrières, petits triangles de lattes à intervalles réguliers, ceinturant les jardins.

Dans les entrées, se pressent pèle mêle, la pelle à déneiger, les skis, une luge d’enfant ; celle des parents moto neige jouxte la moto déneigeuse à l’entrée du garage.

Toutes les fenêtres sont éclairées de bougies électriques, de petites lampes de formes et couleurs différentes. Rarement, silhouette se dessine dans l’embrasure de celles-ci, comme si les maisons étaient inhabitées.

De rares élèves, sac au dos cheminent seuls ou en couple, discutant calmement, lézardant, traînant pour faire durer le plaisir d’être dehors. Quelques femmes vont d’un bon pas dans l’espoir d’éliminer cellulite et culotte de cheval. Les hommes sont au travail ou ne sortent guère. Nous sommes souvent seuls.

 

Plus haut, lorsque nous avons dépassé la colline, s’ouvrent devant nous d’amples étendues immaculées, scintillantes et désertes, nous appelant silencieusement, irrésistiblement. Nous en avons fait notre cours de récréation, tellement différente de notre bocage.

A perte de vue, du blanc, blanc souligné par la crête des monts environnants, par un rocher que le vent a dévêtu, par un arbrisseau qui s’est ancré dans une faille.

Des lacs se cachent mais se laissent deviner par la planéité du lieu. Dans les profondeurs, des torrents gouttent toujours, vont se jeter dans la mer, se trahissent, de loin en loin, par un effondrement qui laisse apparaître l’eau noire. Nous les traversons sur des ponts de glace que le froid a figé. Edifice éphémère que le redoux détruit sans scrupule.

Le ciel est gris, tout se confond, on marche sur des nuages cotonneux, dans les nuages. Le silence est bruyant, uniquement troublé par le craquement de nos pas, aucun oiseau, pas un animal, vide sidérant.

Le soleil brille-t-il ; le ciel de son couvercle bleu vif couvre la vallée, s’adapte rigoureusement à la ligne de crête et ceint la combe, la morcelle, divisant en deux parties distinctes, le bleu rehaussant le blanc ou son contraire.

La neige étincelle, constellée d’étoiles, épicée de diamants.

Nous cheminons, sans chemin, sur cette scène épurée, vierge de toute trace. Polluant sa surface de nos empreintes, longue plaie zigzagante, fil d’Ariane pour notre retour.

  • Attention, petit poucet, si le vent se lève la cicatrisation instantanée, te voilà perdu à errer de crête en crête.
  • Sens tu tes pommettes aiguillonnées par le froid ?
  • Sens tu tes lèvres se paralyser, tes doigts s’engourdir ?
  • Regagne tes pénates et sa douce chaleur.

La montagne est comme la mer, belle et enjôleuse mais peut être cruelle.

Dans cet équilibre, cette fragilité, cette friabilité, deux points noirs s’ébattent, tentent d’émerger, de se frayer un chemin vers la lumière. Sur le nez de la terre nous ne sommes, que points noirs. Une fois extirpés, d’autres naîtront. L’esthéticienne de la vie a bien du labeur et pour longtemps, si l’on ne saccage, ne souille pas tout cela par nos outrances.

 

La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
La marche de l’ampleur.
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L
Jolis mots, jolis phrases, Comme pour la musique, les mots sont là, à portée de main, à nous de jouer. Merci encore pour cette jolie musique du froid et de la neige.
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A
Merci encore. <br /> Je n'avais pas percuté que Lorreyte et le blog d'Alinos, ne faisait qu'un.