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Des îles Vesterålen.

 

- C’est vrai, nous sommes comme dans un rêve.

- Nous sommes partis.

Pourtant ce n’est plus un rêve.

Nous sommes même coincés par des dépressions successives du sud-ouest, cela donne le temps d’écrire. Tout est bouché, le plafond bas, on se croirait en Bretagne les rares jours où il fait mauvais. Nous ne voyons pas même les montagnes environnantes. Le vent quarante à quarante-cinq nœuds, sans compter les rafales, soliloque dans les haubans. Les vibrations du mât se transmettent dans le carré comme si nous étions dans un train. Heureusement nous sommes à un ponton à Andenes. Sans chauffage, capuches et cagoules sont bien supportées pour compenser les quatre degrés extérieurs et nous donnent grande élégance.

 

 

 

Nous avons eu très beau pendant une courte période, trop beau, juste le temps de quelques photos, quelques rencontres. Olivier Pitras à Sommaroy.  

 

 

https://www.69nord.com/fr/index/

 

 Erick du voilier Melchior. C'est une habitude, tous les ans nous nous rencontrons. :)

Trés bonne soirée avec ses équipiers Pierre et Patrick.

 

 

 

 

 

 

 

Trois heures du matin Tromso

 

Valérie et François de Cybèle dans un fjord.

 

 

 

Et toujours l’éternelle et grandiose nature qui nous escorte et nous nourrit.

 

De tous temps, j’ai voulu m’évader, partir.

Pour découvrir, pour voyager, pour me dérober à l’autorité du père, pour éviter la lourdeur de l’école, pour m’éloigner de mes responsabilités, pour être ailleurs où l’herbe est plus grasse.

Parce que j’étais dans un cocon, protégé, surprotégé. Parce que j’étais rêveur, idéaliste, insoumis. Parce que je voulais exister. Parce que c’est la vie.

Mes premières évasions furent la lecture. Combien d’heures d’études, n’ai-je pas sacrifiées au profit d’un livre, au détriment des devoirs, non faits, non appris, non rendus, non sus. Au risque de sanctions, de retenues, de mal-être.

Je savais m’y exposer, je savais devoir le payer mais… demain.

Dans l’immédiat, je suis à bord du Nautilus avec cap’tain Némo, ou avec Augustin « le grand Meaulnes », avec Robinson et Vendredi.

Je ne suis plus ce bon à rien qui ne comprend rien à rien. Je ne suis plus ce cancre mis en pension pour son bien. Je ne suis plus la honte du père ni le désespoir du professeur. Je suis Michel Strogoff et serai Don Quichotte me battant contre mes moulins.

Je ne suis plus moi, je ne suis plus là, je suis parti, je ne suis plus.

Absorbé, je ne vois pas le pion s’approcher, me claquer ses deux mains par derrière, sur les oreilles. J’ai mal pendant deux jours et n’entends plus de la gauche. Mon cœur a fait un tel bond que j’ai cru avoir été découvert par quelques bandits ou sauvages qui en voulaient à ma vie. C’est presque avec satisfaction que j’atterris, alunis dans ma classe, bien au chaud, en sécurité. Loin de tous les dangers encourus, affrontés et toujours surmontés. Le risque y est, malgré tout moins grand. J’y ai le gîte et le couvert mais aussi ce mal-être que j’entretiens moi-même.

Mal-être, qui ne fera qu’amplifier si je ne fais rien. La boule au ventre, la gorge serrée n’est pas près de me quitter.

Que faire ? Apprendre, travailler, se concentrer. Je n’y arrive pas. Je ne veux pas croire que je ne le peux. Impossible d’admettre de n’être pas à la hauteur. Impossible que tu sois aussi bête. Je me mens, je triche, pas sur mon voisin, même ça je ne sais faire. Certes, tu n’es pas le seul, tu n’es même pas le dernier. Il y en a d’autres pires que toi, cela te console-t-il ? Pas vraiment, ils ont autre chose, eux. Ils répondent insolemment, font le pitre, sont des meneurs, nous les admirons. Je suis une ombre, transparent, inexistant, subissant. Partir…

A quinze ans, devant les cargos en partance pour l’Afrique. Je m’imaginais embarquer clandestinement. C’eut été facile techniquement, pas de surveillance, de contrôle d’aucune sorte, tout était ouvert, accessible, confiant.

Seule, la peur de la désobéissance, la crainte des remontrances paternelles m’empêchent de franchir la passerelle qui me tend les bras. Dois-je remercier mon père de son autorité ou l’en blâmer.  Quelle aurait été ma vie si j’avais désobéi. Nul ne le sait. S’il y a une chose pour laquelle je dois le remercier, c’est de m’avoir fait découvrir la voile qui m’a libéré. Finalement c’est lui qui m’a donné les clefs de la liberté. Je lui dois beaucoup plus que ça, vous vous en doutez. Nous, nous sommes toujours affrontés. Affrontés pour des questions éthiques sur lesquelles nous étions en contradictions. Sur le fond, je sais qu’il m’aimait, même si j’en ai souvent douté. L’adolescence est exigeante et sans pitié.

Une barque, une crique, tu es déjà libre. A toi de ramer ou de lézarder, de pêcher ou contempler, tu es maître après le vent.

Une barque, une voile, la crique quittée, tu es aventurier, seul maître à bord.

Tu n’es plus ce pion que l’on déplace sur l’échiquier de la vie. Tu diriges, tu ne subis plus, tu gouvernes, tu pilotes, tu orientes. Ta décision en va de ta vie. Les éléments seuls sont à considérer. L’administration n’est plus, les convenances non plus, la bienséance absente, les lois des hommes embourbées à terre. Pourtant, quand tu pars c’est pour une autre terre, tu n’as de cesse de la rechercher. La quête du Grall de tous marins est la terre, une autre terre, n’importe quelle terre. Terre, terre, crie-il, une île, ton île.

Ta première île sera tienne. La mienne se nomme Dumet, que nous sommes nombreux à nous partager, 47°24’68N par 2°37’20W. Cinq cents mètres de long sur deux cents de large. Un fort dissimulé dans le sable par Vauban et un deuxième transformé en maisonnette ceinte d’un muret en arc de cercle dominant l’ensemble. Des sapins, des mouettes, des bigorneaux, des patelles, des moules et deux humains se partagent le territoire. Madame et Monsieur De Fleury y vivaient à l’année, binaient un coin de potager, faisaient office de gardiens. Deux êtres hors du monde, hors du commun. Accueillants avec plaisir le pain frais que nous ne manquions pas d’apporter, Anne et moi. Vaquant à l’heure solaire, sans horaire et sans emploi du temps. Le temps, mauvais ou beau dictant le temps qui passe. Tempo désaccordé du monde du travail, de la vie du continent pourtant si proche et si lointain. Trois milles nautiques suffisent à établir une frontière entre le tolérable et l’intolérable.

Anne, découvrait un monde inconnu d’elle, la mer, la voile et quelqu’un à déchiffrer, deviner, dévoiler, apprivoiser.

 

La mer, dernier espace de liberté, pour combien de temps encore !!!

 

 

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V
Cher Jean-Pierre, j'ai compris en lisant tes dernières lignes,que, très jeune déjà, anticonformiste, tu cherchais obstinément ton espace de liberté...en échangeant avec vous, puis en suivant votre blog, c'est magnifique de constater que tu l'as trouvé ( grâce en partie à ton père), et que tu le vis au quotidien... Je conçois que tu sois comblé en partageant chaque jour cet espace avec Anne ! Tu rêvais de liberté... à présent, tu la vis pleinement ! C'est toi,l'homme libre qui toujours chérit la mer !! ! Vous me faites rêver, tous les deux, même si la terre ferme est davantage faite pour moi .... Et les baleines des Vesteralen, des Lofoten...ne les avez-vous pas rencontrées ?
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F
Comme j'approuve la fin de ce texte! la Mer c'est Une liberté, pas celle des terriens, car tout en étant libres nous subissons des exigences, des contraintes, des aléas; Mais nous les assumons.Moi aussi j'ai appris la Mer avec mon père, et aussi un métier car il l'exigeait.Et il avait raison !
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L
Bonjour, le dernier espace de liberté est partout. Il est dans notre tête (ou n'y est pas), c'est nous qui le formatons; L'imaginaire est une friche naturelle qu'il faut exploiter. Un jardin qu'il faut entretenir. Mon dieu que la terre est basse ! <br /> Accrochez-vous bien à vote ponton.
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