Le froid descend, le givre suit sa trace, la glace ne tarde guère coagulant le temps, la campagne, les choses et nous-mêmes.
Insidieusement elle œuvre couche par couche, construisant son nid, se love et se couche. Pellicules de givre qui se superposent comme pelures d’oignons formant bourrelet. Excroissance qui enfle, enfle, s’enracine comme matière adipeuse sur le rocher. Ce n’est pas graisse pour autant, aussi dure que granit, lisse ou grumeleuse comme le marbre, froide comme rombière, hostile et frigide comme mégère et pourtant si fragile, si fragile. Plus fragile qu’une idée, qu’une éclipse, qu’un mirage. Un peu de chaleur, elle se liquéfie, il n’en subsiste rien, tout s’efface, plus de trace, gommée, biffée, radiée. Point besoin de régime, de gym, de diète, juste un rayon de soleil, plus de surpoids.
Elle sévit dans le nord arctique mais aussi en antarctique. Il est des lieux où l’on ne la soupçonne pas et pourtant, elle endurcit bien des coeurs. Les Thénardier ne sont pas tous morts, les Cosettes errent encore, ont changé de nationalités, viennent de pays étrangers. De tristes livres naîtront qu’un Hugo de ce siècle écrira, faisant pleurer dans les appartements bien chauffés.
Nous sommes de glace et serons, fluidifiés, liquéfiés, oubliés, nous ne laisserons ni empreintes, ni indices de notre passage.
Tout se referme sur notre sillage.
