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LE LAC

Au bord d’un lac, miroir du ciel, des arbres, des oiseaux et parfois des femmes.  Elles sont rares à se mirer dans cette glace sans fond, rares sont elles à y nager. Plus rares encore les hommes, ils passent sans rien voir. Les petites filles, mais aussi les garçons lui lancent des fleurs, pétales qui s’étalent en corolles digitales, lancent aussi des galets qui rebondissent trois fois en ondes circulaires, avant de tapisser le fond. Le fond, réceptacle de branches, de ramilles, de brindilles qui garnissent son lit. Des poules d’eau, mi-volantes, mi-courantes à la surface de l’eau, crient à demi affolées. Une libellule libidineuse voudrait bien copuler avant de mourir. Un tapis de jussie noie les grenouilles dont on ne voit que les yeux. Un barbu hébété et solitaire tente d’appâter la carpe. Une barque prisonnière dodeline au bout de sa chaîne, rêve d’évasion, de liberté. Cette année un cygne noir est venu le voir, les blancs, chaque année, viennent le visiter. Mais pas que, aussi les sarcelles et le milouin, le souchet, le tadorne, quand les eaux commencent à geler. Les canards y demeurent toute l’année. Un foulque, bouclier blanc va de l’avant. Un héron dodine du chef. Des passants lui font des cadeaux, beaucoup de vélos, mais sans pieds, comment pédaler. Les poissons adorent ce cône de signalisation qu’on trouve à profusion, deviendra tipi, cachette ou cathédrale engloutie. Une fois, c’est une voiture qu’on lui a expédiée mais personne, ici, n’a de permis, les hommes sont gentils. Il y a même une cuisinière à bois, sont-ils sots à ce point qu’ils ne savent que le feu et l’eau ne s’entendent pas. Le principal n’est il pas de donner, d’être généreux, moi-même je distribue généreusement mon eau à tous les ruisseaux. Petit à petit s’accumule ce butin bien encombrant, tel un musée, il faut épousseter. Ce n’est point tant poussières qu’ils faut se débarrasser, la rouille souille, brouille notre horizon. Les grands parents racontaient, qu’ils pouvaient voir le ciel du plus profond, qu’ils voyaient même les étoiles, je ne sais si c’est vrai. Pour voir le ciel, il nous faut remonter à la surface. Le ciel, lui-même a l’air chargé de particules, y aurait-il aussi, là-haut, trop de rouille. Certains parmi nous font des allergies, ils toussent, crachent, pleurent, ont des desquamations, des rougeurs et ce n’est pas à cause d’Eulalie. Ils l’aiment celle-là, lorsqu’elle vient se baigner, toutes les bulles accourent pour la faire flotter, la regarder. Sur la berge, elle s’effeuille, ôte une à une ses pétales. Ainsi nue, doucement, elle s’immerge, les pieds, les genoux, les cuisses, sa toison enfin mouillée, elle hume, hésite quelques instants puis plonge subitement. Alanguie sur le dos, bras et jambes écartées, elle se laisse envelopper, caresser. Ses cheveux comme des algues, flottent et s’étalent, on dirait le plus beau des nénuphars, fleurs de lotus adorées du Dieu Brahmanique. Ce n’est point une fleur cependant, la chaire de poule bientôt la saisit, elle tremble, ressort, entraînant avec elle une myriade de gouttes d’eau qui ne veulent la quitter, savent qu’elle vont périr, mourir déshydratées. Quelques-unes, au dernier moment, rejoindront le lac par ruissellement. Eulalie s’en est allée, les vacances terminées, le lac regagne sa tranquillité.

 

 

(Léonie d'Aunet)

A mon sens, écrire un voyage c'est faire le portrait des pays qu'on parcourt et le narrateur n'a pas le droit de les rendre méconnaissables.

 

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