J'avais entre sept et huit ans. Mon père avait l'habitude de partir en mer avec un pêcheur professionnel qui
décida de m'emmener pour me faire découvrir le bateau, la mer et ses attraits.
La veille une mer plate et un temps magnifique décidèrent mon embarquement pour le lendemain. Levés à trois heures du matin, frais et dispos, nous arrivâmes au port pour l'embarquement une
heure après.
Mais dans la nuit les conditions climatiques avaient changé du tout au tout. Le patron pêcheur recommanda de remettre cette balade ultérieurement. Il n'en fut pas question, j'étais là et
tellement heureux que nous embarquâmes. La jetée n'était point franchie que je commençais à être nauséeux, on fait demi-tour, dit le patron, non non, ça ira mieux plus loin. J’t'en fous oui.
Ce fût de mal en pis, je me retrouvais bien vite allongé par terre parmi les homards, vomissant de la bile toutes les trois minutes. Inutile de préciser que je ne me souviens de rien si ce n'est
qu'au retour, vers seize heures, au même endroit de la jetée, j'étais à nouveau frais et dispo ayant totalement effacé de ma mémoire ce qui venait de se passer.
Depuis, je ne compte plus les fois où j'ai été malade en mer.
A la voile, régulièrement je suis attaqué.
Souvent par derrière, elle arrive tout doucement, je commence à agiter mon bonnet. C'est le signe extérieur visible pour mon entourage que le temps va se gâter. Et là ça se gâte vraiment, je me
compare à une serpillière, incapable de réfléchir, incapable d'action physique, envie d'échouer le bateau sur les rochers pour que cela cesse. Heureusement Anne est là, veille au grain, prend le relais.
Ces conditions de navigation deviennent dangereuses. Je me souviens qu’une nuit, au mouillage dans la baie de Lampaul à Ouessant, la houle nous prenait de travers et me réveilla vers les cinq
heures du matin, je commençais à ne pas être bien. Je réveillai Anne lui dit mon intention de quitter le mouillage car je ne me sentais pas bien. Nous gréerons rapidement et sortons de la baie.
Bien vite je suis une loque et décide de retourner au mouillage, de prendre une chambre d'hôtel, un billet d'avion, de rentrer, de laisser mon bateau
là, qu'on ne me parle plus de bateau et de mer. J'opte pour la chambre d'hôtel, j’y reste une journée entière et pour la première fois je suis mal toute la journée. Anne, pendant ce temps,
rencontre l'autre et unique bateau au mouillage ce jour-là. Il s'agit d'une école de voile, et se propose de ramener le bateau le lendemain si le temps le permet car aujourd'hui il est hors de
question de mettre les voiles dehors.
Mais c'est sans compter sur l'oubli, eh oui, le lendemain il n'était plus question d'avion. Mais bien de bateau, et nous
voilà de bonne heure repartis, la mer n’était pas calmée mais moi oui, pensez, après une nuit d'hôtel!
Donc le lendemain on remet le couvert, façon de parler, je reprends très vite un seau, même pas, je n'ai même pas ce courage je me laisse aller dans le cockpit, c'est pas grave, c'est lavé
par les paquets de mer.
coup sûr de rochers pas très loin, c'est très rassurant tout ça surtout quand on ne sait même plus, comment on s'appelle. Heureusement, un petit éclair dans ma tête me fait penser aux sondeurs et nous permet de nous recaler grâce à la ligne de sonde. Une heure plus tard le brouillard s'était levé, nous ne subissions plus la houle, il faisait beau et j'avais déjà oublié ce mal sournois mais évanescent qu’est le mal de mer.
En planche à voile aussi, eh oui ! Je m'étais assis sur la planche pour me reposer grand bien m'en prit, trois minutes après, je dûs repartir, il était temps.
Je faisais aussi beaucoup de plongée sous-marine, de la pêche plus exactement en apnée, non, me direz-vous pas avec un
tuba? et bien si :
Nous étions à la pointe du raz, la mer y est toujours formée le long de la falaise où l'on plonge. Après un petit déjeuner copieux sur les rochers,
des crêpes avec du nutella. Nous nous mettons à l'eau, elle est d'une clarté extraordinaire les vagues nous prennent , nous descendent comme un ascenseur en nous emmenant loin de la falaise et
nous y ramènent aussi rapidement en remontant. C’est grisant de voir défiler sous vos yeux la paroi de la falaise en se rapprochant du fond et de
voir les laminaires se tortiller avec le mouvement des vagues. Ce qui est plus désagréable c’est de vouloir vomir son petit déjeuner dans le tuba.
Allez une dernière ? Et après on arrête car j'en ai encore au moins une
demi-douzaine.
Nous étions en vacances dans les côtes d’Armor, chez un copain, Pêcheurs acharnés. Un magnifique endroit très découpé comme peuvent l'être ces endroits, tout près du sillon de Talbert. Cet ami
avait un petit canot, genre pêche promenade qu'il utilisait essentiellement au moteur ne sachant se servir des voiles et m'invita à l'initier, comment ne pas être ravi d'une telle opportunité.
Nous avions dix jours devant nous, plus qu'il n'en fallait. Neuf jours durant nous partîmes poser des casiers, des filets, et entre les deux pêcher à la traîne sans oublier les cours de voile. Le
neuvième jour je déclarais forfait. Chaque sortie me vit malade, cette année-là, la pêche lui parut meilleure que les autres années, probablement du fait que j'appâtais énormément.
Ce qui me console, c'est que peu de monde soit épargné, je me souviens d'un stage de voile fait en Bretagne à bord d'un mousquetaire. Nous étions cinq à bord, six mètres 50 de long seulement, pas
de moteur, quinze jours à louvoyer en Bretagne Sud, les glénans, groix, penmarch, sein avec un chef de bord très compétent. Une nuit, il se retire dans la cabine pour se reposer nous dit-il, nous
laissant tous les quatre à la manoeuvre. Comme un seul homme nous avons crù qu'il voulait éprouver nos compétences en nous laissant seuls et de nuit de surcroît. Non, non, non... monsieur était
tout simplement malade, nous l'avons découvert gisant en travers du carré à même le sol, ayant vomi partout,dans la batterie de cuisine en particulier qui n'avait pas été rangée, pensez donc à
cinq là dedans, ça sentait déja le fauve avant !